Présentation
de l'Evangile selon St Matthieu
par Nicole Fabre (pasteur de l'Eglise Réformée et bibliste)
à Annonay, le 18 octobre 2001
Tout
d'abord, un rappel : Tout évangile a été écrit
(vers la fin du premier siècle après J.C.) dans, par
et pour une communauté chrétienne
- qui se tourne vers le passé proche (la vie et l'enseignement de Jésus)
- pour tenter de comprendre ce qu'elle vit
- et pour donner une orientation à l'avenir.
Un Evangile est le témoignage de ce que vit la communauté chrétienne
dans laquelle il a été écrit. Au moment où les
témoins directs du Christ disparaissent, la communauté veut
connaître davantage celui en qui elle croit déjà.
L'Evangile
de Matthieu est le premier des quatre évangiles (dans l'ordre de
présentation du Nouveau Testament - mais sans doute pas dans l'ordre
chronologique). Il est le plus long des quatre ; il a une forme très
catéchétique, avec beaucoup d'enseignements (Sermon sur la montagne
- Suite de paraboles ...).
Il a été rédigé aux environs des années
88 à 90, c'est-à-dire après la destruction du Temple
de Jérusalem (en 70), alors que l'Eglise naissante se détache
du Judaïsme, et alors que le Judaïsme, très ébranlé
par la destruction du Temple, est en train de reprendre vie autour du pharisaïsme.
Il a été écrit dans une communauté judéo-chrétienne
(de Juifs devenus Chrétiens), sans doute située à Antioche
de Syrie.
Les membres de cette communauté connaissaient bien l'Ancien Testament
et les coutumes et pratiques juives ; c'est pourquoi l'évangile de
Matthieu contient beaucoup de références à l'Ancien Testament,
beaucoup plus que les évangiles de Marc et Luc ; de même, lorsque
sont évoquées des pratiques juives, Matthieu ne juge pas utile
de les expliquer, contrairement à Marc et Luc.
Une
clé de lecture : Matthieu a la particularité de présenter
ensemble,
d'allier des points de vue souvent opposés :
- par exemple, Matthieu insiste sur l'importance de la loi juive. Mais il
insiste tout autant sur la dimension universelle de la mission de Jésus
: les mages "venus d'Orient" sont les premiers adorateurs - la première
guérison est celle du serviteur du centurion romain - "Il vous
a été dit, mais moi je vous dit ... "
- de même, Matthieu allie justice et jugement avec tendresse et miséricorde
: il insiste sur les exigences de la loi, sur des appels à la conversion
qui peuvent sembler durs, mais il insiste aussi sur la tendresse et la miséricorde
de Dieu et de Jésus ("Jésus, doux et humble de coeur ...).
Un
plan de l'Evangile de Matthieu: cet évangile est très organisé,
avec des parties narratives, accompagnées d'enseignements sur le même
thème ; on peut distinguer 6 parties :
1 - l'évangile de l'enfance et la préparation du ministère
de Jésus (1,1 - 4,16)
2 - la présentation du Christ (4,17
- 11)
3 - l'enseignement et la pratique de Jésus divisent les hommes (12,1
- 16,12)
4 - l'édification de la communauté chrétienne (16,13
- 20)
5 - les derniers jours de Jésus à Jérusalem (21 - 25)
6 - la passion et la résurrection du Christ (26 - 28)
La
soirée avec Nicole Fabre s'est terminée par la lecture de
la généalogie de Jésus d'après Matthieu, au
début de l'évangile. Lecture qui peut sembler fastidieuse :
"Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob ..." , et ainsi 42
fois (3 séries de 14) ! Mais il est intéressant de s'arrêter
aux anomalies dans cette longue énumération.
Une des anomalies, c'est par exemple les femmes que l'on cite dans cette longue
histoire d'hommes : quatre femmes, plus Marie ; quatre femmes qui sont toutes
les quatre étrangères à Israël, qui ont risqué
leur vie ou leur réputation pour qu'un avenir reste ouvert, pour que
l'histoire du peuple de Dieu puisse continuer : Tamar, belle-fille de Juda
; Ruth la Moabite, veuve qui épousera Booz ; la femme d'Urie, dont
David a fait périr le mari afin de l'avoir pour lui ; et Rahab, la
prostituée de Jéricho qui a accueilli et sauvé les espions
de Josué.
Et enfin, Marie, étrangère à la lignée de David
(c'est Joseph qui est "fils de David"), qui risque d'être
répudiée pour sa fidélité à la Parole de
Dieu.
Matthieu ne cache pas les méandres de l'histoire : Dieu vient à
nous dans nos histoires tordues ...