Les Thèmes principaux abordés dans ce livre
La Liberté :
La vie de Bernard Moitessier n’a été qu’un long chemin vers sa propre Liberté.
Les premières contraintes auxquelles Moitessier et ses frères essayent d’échapper sont celles de la ville et de l’école. “ A la fois cancres et voyous, nous rêvons de mer et de forêt, nous rêvons de liberté, englués, mes frères et moi dans une sorte de torpeur entrecoupée de crises où le désespoir et la révolte se tiennent par la main. Alors le lance pierre sort de la poche et tire sur n’importe quoi pour effacer cette ville que nous refusons de laisser entrer dans nos coeurs.“
Le seul enseignement dont il tira profit fut celui prodigué dans la nature par une petite école d’agriculture où : “ Pas de bonnes notes pour les bons ni de mauvaises notes pour les mauvais, il n’y avait pas de note du tout, c’était aussi simple que ça. Alors nous sommes devenus tous des bons puisqu’il n’y avait plus de peur ni de révolte dans nos ventres. “ Il en retire la conviction profonde qui le portera tout au long de sa vie que “ Le meilleur arrosage pour la terre, c’est d’abord la sueur de l’homme” Cette conviction le libère de l’attente d’une aide extérieure.
Plus tard, alors employé dans l’entreprise de commerce de son père, il chercha à fuir la vie routinière d’un employé de bureau. “ Le bureau, l’ennui, une sorte d’étouffement collant comme une glu dont j’essaie de me libérer à la piscine dans la violence du corps ... Cela ne peut continuer ainsi, devant un bureau sans odeur où ne flottent que des images de marchandises à payer le moins cher possible pour les revendre avec un maximum de bénéfice tandis que se referme peu à peu ce piège où j’apprends à faire de l’argent avec celui des autres “
Pour y échapper il partira naviguer sans but apparent en solitaire “Le bateau c’est la liberté, pas seulement le moyen d’atteindre un but” mais, même dans cette vie à ses yeux idéale, il est rattrapé par le besoin d’argent dont il se libérera en exerçant épisodiquement deux métiers qui lui plaisent. “Me voila sur la bonne route pour pouvoir réaliser l’ancien rêve autrefois impossible... atteindre ma vitesse de libération ! Celle qui imprime à la fusée une impulsion suffisante pour l’envoyer sur orbite... et une fois là, mon petit père, tu restes peinard à cette altitude où la Vie ne pourra plus jamais te flinguer comme un canard sauvage... Ecrire alors un second bouquin suivi d’une ou deux saisons d’Ecole de croisière pour donner un coup de fouet, maintenir la toupie sur orbite le temps d’un autre petit tour du monde."
La Nature :
Alors enfant, ses vacances passées dans un petit village au bord de la mer, ses fréquentes escapades dans la profonde forêt indonésienne ont fait naître chez lui un amour sans borne de la nature. “ L’Indochine : un pays de collines et de montagnes aussi, aux forêts si vastes qu’on peut y marcher hors du temps des semaines entières dans les seuls bruits de la jungle qui parle au sens, toute baignée de cette odeur d’humus qui vient du lointain de la vie pour entrer jusqu’au fond des entrailles”
Plus tard, dirigeant d’une plantation d’hévéas, il acquiert cet amour de faire naître des arbres qui resurgira plus tard en Polynésie où il tenta de reboiser en cocotiers un atoll et où il offre aux Polynésiens des agrumes à planter comme cadeau de départ. “ Et Josuha qui embouquait la passe pour la troisième et dernière fois son pont au ras de l’eau, cabine et poste avant bourré d’arbres fruitiers : douze manguiers, douze avocatiers et douze agrumes ( citronniers, pamplemoussiers ). Ce serait notre cadeau d’adieu au village. “
Beaucoup plus tard, il tenta de convaincre les maires de France de planter des arbres fruitiers dans les espaces publics. “Des arbres fruitiers qui appartiendraient à nous tous ( y compris aux oiseaux et aux abeilles ) sans être la propriété exclusive de personne représenteraient un symbole pour l’époque de mutation dans laquelle nous devons entrer” Il voulait en faire une oeuvre généreuse qui aiderait à unir les hommes. “Des hommes ont construit les cathédrales, et je crois qu’un pays aux routes bordées d’arbres fruitiers serait encore plus beau que la plus belle cathédrale imaginable” Il fut obligé de proposer un chèque de quinze mille francs à la première mairie qui s’engagerait dans cette voie.
Déjà, enfant, il aimait les bateaux : frêles embarcations de pèche, légères jonques chinoises glissant doucement sur l’eau calme du golfe de Siam, tout se qui flottait le passionnait... “...et moi je donnerais n’importe quoi pour embarquer sur sa jonque, partir très loin de l’école... “
Il prend profondément conscience du bonheur que la mer peut lui apporter lors de ses nombreuses virées à la pêche avec le père d’un ami. “C’est ma première grande évasion en mer, sans autre chose à faire que de me laisser vivre, comme à perpétuité. Me laisser vivre et caresser par ce vent tiède, me laisser porter et bercer par le bruissement de l’eau et de l’air."
La première idée qui lui vient à l’esprit pour échapper à l’entreprise paternelle fut celle de monter sa propre entreprise... de cabotage.
Puis, un jour béni, il réalise le rêve qu’il nourrissait pendant ses nombreuses années d’ennui au bureau, naviguer sur son propre bateau et partir loin, loin.... Même lorsqu’il s’est attaché à une terre comme en Polynésie, il reste au bord de l’océan et fait souvent de petits voyages d’une ou deux semaines sur son bateau qui lui servent à retrouver son équilibre mental. La mer lui a toujours inspiré ses plus belles envolés littéraires. “Sans préavis, le grain blanc a tonné dans un éclair avec une soudaineté et une violence inouïes, couchant presque le bateau en l’espace d’une seconde ou deux. J’étais trop loin de l’écoute pour avoir le temps de la filer en catastrophe ... et d’un seul coup, les mats se sont redressés dans les hurlements du vent, la grande voile venait d’exploser, lambeaux de tissus volant comme plumes d’oiseau mouche atteint de plein fouet par un coup de lance pierre ... J’étais devenu deux fois vivant, empli d’une certitude nouvelle qui dilatait mon être. Dressé devant le mat, devant la mer, je contemplais avec les yeux d’un revenant mon beau bateau qui poursuivait sa route dans la nuit.”
Le Monde Occidental :
Ses longs moments de solitude en harmonie avec la nature et lui-même lui ont permis de prendre assez de recul pour analyser avec lucidité la façon de vivre de la société occidentale. “Le monde occidental me fait songer à un camion bourré de millions d’être humains lancé à toute vitesse vers le Grand Trou ; il est déjà tout près, la vitesse augmente à chaque seconde. Trop tard pour braquer, le camion capoterait et continuerait en tonneaux sur sa lancée. Trop tard aussi pour le coup de frein, les roues patineraient et le camion finirait inéluctablement dans le gouffre. Il n’y a donc aucune manoeuvre pour éviter la catastrophe... pourtant la solution est évidente : décoller. L’homme a inventé l’avion, alors pourquoi pas son parallèle dans une autre sphère, celle de la pensée consciente ?” Son regard critique l’a amené à partager les thèses et les actions de ceux qui combattaient les essais nucléaires dans le Pacifique. Il voulut attirer l’attention d’Alain Bombard pour qu’il parvienne à interesser d’autres chercheurs au danger de la destruction massive des thons en haute mer.
“...cet Occident aveugle et fou, guidé par le principe de ‘tous les coups sont permis pourvu qu’ils soient légaux’. Un Occident dont le niveau mental et spirituel atteint parfois le sommet des pâquerettes. Une civilisation capable de transformer le monde, et qui doit absolument chercher une voie nouvelle en altitude pour ne pas finir dans le trou noir d’une catastrophe à la fois écologique, existentielle et morale.” En dédiant tous les droits d’auteur du livre “La longue route” au pape qui symbolisait pour lui la petite flamme de spiritualité subsistant en occident, il tentait un pari fou, celui de mettre en échec le système politique, économique et moral de l’occident.
Retour à la page principale