Le résume de ce superbe livre autobiographique
Très jeune, Moitessier acquiert cet amour de la nature et de la liberté sous le charme de l’Indochine et de ses rivages. C’est là que naquit l’Alliance entre Moitessier et les Dieux d’Asie.
Il abandonne les études scolaires à 15 ans et se consacre à l’agriculture. Il dirige pendant un an une plantation d’hévéas. Lorsqu’il revient vers le commerce paternel, Bernard prend conscience de son dégout de "faire de l’argent avec celui des autres" et de vivre une routine, enfermé dans une ville. Il part vers le village où, enfant, il passait ses vacances pour vivre l’Alliance ! Il comprend qu’il faut partir au bon moment, que si l’on attend trop, on s’enlise dans la routine et l’on ne fera jamais rien.
Lorsque les Japonais entrent en Indochine et veulent se faire passer pour des libérateurs de l’emprise coloniale française, son père est fait prisonnier. Après la chute des bombes atomiques americaines et croyant les japonais vaincus, il hisse le drapeau Français sur son balcon. Les japonais l’arrêtent et il échappe de peu à la mort. Il manque une deuxième fois de se faire tuer lorsque, en prison il résiste à un soldat Japonais venu le gifler.
Une forteresse volante américaine lâche des tracts apprenant à la population la capitulation japonaise. Mais, avant leur départ définitif, les Japonais avaient armé le Viêt-minh, les communistes vietnamiens qui veulent chasser les Français et prendre le pouvoir. De nombreux français sont massacrés malgré l’arrivée de forces Britanniques.
Moitessier est engagé sur un bâtiment de la marine française. Il en est très heureux. Il découvre un tissu humain différent des "fils à papa" qu’il côtoyait habituellement. Il prend part à des batailles contre le Viêt-minh mais, bon tireur, il refuse de tuer et tire toujours tout près de l’ennemi pour l’effrayer.
Il prend goût à la navigation dans le golfe de Siam avec son ami Deshumeurs sur le Snark, un vieux bateau qu’ils ont acheté et restauré ensemble.
Il ne se résigne pas à travailler dans l’entreprise paternelle et sentant que la situation en Indochine est devenue sans issue pour les Français, il décide de ne garder de son passé que le meilleur et de devenir libre. "Mon passé d’Indochine, je l’ai pris dans mes mains, j’en ai fait une gerbe et j’y ai mis le feu. De ses cendres encore chaudes, j’ai retiré ce qui n’avait pas brûlé, le vrai, le solide, l’essentiel, petite poignée d’intangible aussi légère qu’un nuage, dure cependant comme la plus dure des pierres. " Moitessier part le coeur léger sur son nouveau bateau, Marie-Thérèse, du nom de la fiancée qu’il abandonne et découvre les joies de la navigation en solitaire. "Le bateau c’est la liberté, pas seulement le moyen d’atteindre un but ... Marie-Thérèse représente maintenant la riche solitude des grands espaces où le passé et le futur se confondent pour devenir l’instant présent dans le chant de la mer. Mon être tout entier ruisselle de bonheur."
Voulant passer trop près d’un récif de coraux par péché d’orgueil, il y fait naufrage. Il repart de l’île Maurice trois ans plus tard à la barre de son nouveau bateau, Marie-Thérèse II construit grâce à sa ténacité et à la générosité des habitants. " J’ai trente ans et je fais le point. ... Je comprends maintenant que je suis citoyen du plus beau pays du monde, un pays aux lois dures mais simples qui ne triche jamais, immense et sans frontières où la vie s’écoule au présent. Dans ce pays de vent, de lumière et de paix, il n’y a de Grand Chef que la Mer."
Moitessier travaille pendant un an en Afrique du Sud pour perfectionner Marie-Thérèse II puis repart vers son rêve : les Antilles. Il y laissera l’épave de son second bateau, échoué sur une plage. Lorsqu’il débarque en France d’un pétrolier, il a trente quatre ans et repart à zéro : il n’a pas d’argent, pas de diplôme, il ne connaît personne... Il ne se laisse pas abattre et vit de petits travaux non qualifiés et mal rémunérés.
Grâce à J.M. Barrault, Moitessier découvre l’écriture et publie son premier livre Vagabond des mers du sud "Extraire les souvenirs enfouis dans le lointain, en faire des tableaux qui se mettent à vivre, sabrer ici un détail inutile, ajouter un peu de couleur par là pour retrouver l’ambiance, transmettre l’émotion telle qu’on l’a ressentie, agencer, composer, construire, prendre un peu de recul, vérifier que c’est bien ainsi ... Je n’aurai jamais soupçonné qu’écrire se révélerait transcendant à ce point... " Jean Knocker a aimé son livre, il lui dessine gratuitement les plans de son futur bateau, Ficaud a aimé son livre, il lui construit à prix coûtant son nouveau bateau : JOSUHA un solide ketch en acier.
Il met le cap sur la Polynésie avec Françoise qui laisse ses trois enfants en France. "...et
boum !.. à peine cinq ans après le naufrage qui m’avait laissé nu comme un ver au bout d’un hameçon sur une plage des Antilles, Françoise et moi hissions les voiles du bateau de tous les miracles, en route vers l’inconnu."
Pour que Françoise retrouve ses enfants au plus vite, il décide de revenir en France par le cap Horn. Quatre mois de navigation sans escale durant lesquels Françoise et Bernard se sentent soudés à Josuha. Ils battent, sans l’avoir prémédité, le record de la plus longue traversée sans escale.
De retour en France, Moitessier écrit Cap Horn à la voile mais, pour tenir des délais commerciaux, il bâcle ses trois derniers chapitres, ce qui le jette dans une profonde dépression et il pense avoir perdu l’Alliance. "Cette troisième dimension - qui seule peut donner au lecteur une approche du réel à travers l’écriture - , je ne l’avais pas transmise à travers mes trois derniers chapitres ... Ce chant sacré du lointain, ce message reçu de là-haut, je ne l’avais pas rendu dans les pages essentielles du livre" Ce n’est pas le désir de posséder qui a poussé ainsi Bernard Moitessier, mais celui d’acquérir la liberté que donne l’indépendance financière.
Pour effacer cette honte, il veut écrire un nouveau livre sur un nouveau voyage, le tour du monde sans escale et en solitaire. Son projet intéresse le "Sunday Times" qui veut mettre Bernard Moitessier en concurrence avec d’autres navigateurs et en faire un événement médiatique. D’abord attiré par le prix offert, il abandonne après le cap Horn et adresse un message au "Sunday Times" : "Je continue sans escale vers les îles du Pacifique car je suis heureux en mer et peut être aussi pour sauver mon âme" Mais : "Immédiatement après, j’ai vu que le peut-être était de trop ... Je continuais car j’était heureux en mer et aussi pour sauver mon âme. Un point c’est tout !" Il met le cap à l’Est, repasse Bonne Espérance puis Leeuwin et va mouiller à Tahiti après dix mois de mer et un tour et demi de la planète. Bernard Moitessier écrit alors La longue route, récit de son formidable périple autour du monde. "Deux années de douleur mais aussi de joie indescriptible pour recréer dans La longue route ce que je pensais être le fidèle reflet du fabuleux sillage"
Pour être honnête avec lui même et puisqu’il avait refusé le gain du "Sunday Times", il devait aussi refuser les droits d’auteur du livre. "Pour avoir droit à l’existence, ce livre devait aller aussi loin que le rêve dont il était issu." Il offre ses droits d’auteur au Pape qui "symbolise la petite flamme de spiritualité presque agonisante qui subsiste encore en occident" et aux Amis de la Terre qui représentent pour lui une force capable d’arrêter une catastrophe écologique.
Il partage sa vie avec Iléana et vit douloureusement la mort d’un des deux jumeaux qu’elle met au monde puis la vie fragile de la première année de l’autre, Stéphan, puis s’enfonce dans la drogue. Il surmonte sa dépendance, remet à neuf son bateau, reprend la mer et rencontre en Nouvelle-Zélande l’équipage du Fri dont il partage la lutte contre les essais nucléaires.
Moitessier tente de retrouver sa voie spirituelle dans une communauté de Jersusalém puis rentre à Tahiti pour vivre une vie plus stable avec son fils.
Il s’installe avec sa famille à Poro-Poro, un atoll olynésien de l’archipel d’Ahé où il construit tout de ses mains. Il y vit trois années de bonheur à faire fructifier un sol qu’il recouvre lui même d’une terre qu’il a fabriquée de ses mains. Moitessier pense avoir atteind le but de son existence dans cette vie simple partagée avec sa famille et les Polynésiens.
Bernard Moitessier essaie de convaincre les indigènes qu’il est en leur pouvoir d’augmenter les ressources de leur île, ceci devant enrayer l’appauvrissement des atolls qui entraîne l’exode des jeunes vers Tahiti. Mais il se heurte au respect des coutumes, aux légendes, à la passivité des Polynésiens qui font échouer ses tentatives.
Il quitte l’archipel d’Ahé pour s’installer à Moorea en se rapprochant de la civilisation dont Stéphan a besoin de l’enseignement en abandonnant toute idée de modifier les mentalités. Deux années lénifiantes s’écoulent et Iléana lui permet de retrouver le goût de l’action.
Il part seul en Californie et y entame une série de conférences qui accroît sa notoriété et agrandissent son cercle d’amis. Mais un cyclone arrache Josuha de son mouillage et le jette à la côte. Une grande chaîne d’amitié et de reconnaissance lui permet de repartir avec un nouveau bateau : Tamata en souvenir de son surnom Polynésien qui veut dire "essayer". Il part vers Hawaii sur son nouveau bateau. Pour lui la séparation avec Iléana et Sephan restant à San Francisco est inévitable, son fils à douze ans.
Il met huit ans pour rassembler tous les morceaux du puzzle de sa vie, écrire son ultime ouvrage, Tamata et l’Alliance. "Cette quête du Graal a duré ainsi huit longues années de terribles batailles. Contre les fantômes du passé, contre ceux du présent... Tous ces combats, je les ai gagnés à la file... mais chacun me laissait moulu d’épuisement, parfois au bord de la détresse."
Alors la ‘Bête’ fonça sur lui, la ‘Bête’, c’est un cancer qui l’achèvera après quatre ans de lutte. "Sitôt ma trace reniflée, la Bête à vomi sur moi un oiseau couleur d’épouvante qui s’est mis à tournoyer dans ma tête avec ses ailes en forme de tenailles ... C’était la Peur, mais pas la peur normale, ni même la grosse peur. Là, c’était la Peur qui paralyse, renverse les défenses, nous jette hébété dans le vide." Mais son livre est achevé et le dernier morceau du puzzle est à sa place dans "le grand échiquier de sa vie".
Il n’a qu’un seul regret : "Le monde meilleur auquel nous aspirons tous, je ne le connaîtrai pas de mon vivant..."
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