Quelques superbes Extraits à lire et à mediter
“Deux gars pleins d’étincelles, en route pour le tour du monde à bord d’une coque de noix, portent en eux les germes magiques auxquels aspirent les hommes pour alimenter leur besoin de merveilleux ; un petit coup de pouce journalistique là-dessus... et ça part dans les étoiles. C’était presque l’histoire du Chat Botté où deux pouilleux se métamorphosent en princes du sang à l’occasion d’un énorme coup de bluff. ... Une auréole magique baigne les saints, mais aussi les fakirs et autres marchands d’illusion, force le respect des foules, attire sur eux comme par miracle les cadeaux venus du Ciel. Un voilier au parfum d’aventures et d’horizons lointains dégage une sorte de halo qui, s’il est épaulé par un coup d’oeil juste et des reflex rapides, donne accès tout droit à la caverne d’Ali Baba“
“Me voila sur la bonne route pour pouvoir réaliser l’ancien rêve autrefois impossible... atteindre ma vitesse de libération !
Vitesse de libération... celle qui imprime à la fusée une impulsion suffisante pour l’envoyer sur orbite... et une fois là, mon petit père, tu restes peinard à cette altitude où la Vie ne pourra plus jamais te flinguer comme un canard sauvage... Oui, je sens que ça va devenir vrai dans pas trop longtemps... courir la mer jusqu’à plus soif... mouiller l’ancre un moment quand je serai saoulé d’embruns... Ecrire alors un second bouquin suivi d’une ou deux saisons d’Ecole de croisière pour donner un coup de fouet, maintenir la toupie sur orbite le temps d’un autre petit tour du monde.... Tout là haut dans le ciel... très loin là-bas sur la mer... Vitesse de Liberation... et puis dans très longtemps, très longtemps, très longtemps, couvert de rides et bien conservé par le sel, couler paisible mes vieux jours, une bêche à la main dans un gentil petit potage, une cabane toute simple à coté, une cabane avec Françoise dedans toujours mignonne à croquer, une cabane en solides rondins de forêt, et moi, encore amoureux de ma femme dans cet abri de rêve qui embaume la résine de mon enfance, profondément ancré sur une terre bien à nous... devant la mer où Josuha restera de toute manière paré à remettre les voile au premier appel de Grand Large comme autre fois Marie-Thérèse dans mon golfe de Siam...”
“...et Josuha a réussi son retour d’une seule tirée de Tahiti à Alicante. Six jours et six nuits à nous relayer Françoise et moi à la roue intérieure dans un coup de vent de fin du monde, sous des grains qui soufflaient parfois en ouragan, une mer surnaturelle, monstrueuse de beauté, éclatante de vie, une mer que l’on ne peut décrire, des rouleaux de cent cinquante à deux cents mètres de long, déferlant sur plusieurs centaines de mètres sans lâcher la crête qui les portaient. Six jours et six nuits à négocier chaque lame l’une après l’autre, ivres de fatigue et d’émerveillement... l’une après l’autre... et comme ça un million de fois avec de l’eau partout... de l’eau à l’infini... de l’eau jusqu’à la coupole du poste de pilotage parfois... cette eau qui grondait et chantait d’une même voix pendant six jours et six nuits qui nous soudèrent à Josuha.“
“Sans préavis, le grain blanc a tonné dans un éclair avec une soudaineté et une violence inouïes, couchant presque le bateau en l’espace d’une seconde ou deux. J’étais trop loin de l’écoute pour avoir le temps de la filer en catastrophe ... et d’un seul coup, les mats se sont redressés dans les hurlements du vent, la grande voile venait d’exploser, lambeaux de tissus volant comme plumes d’oiseau mouche atteint de plein fouet par un coup de lance pierre ... J’étais devenu deux fois vivant, empli d’une certitude nouvelle qui dilatait mon être. Dressé devant le mat, devant la mer, je contemplais avec les yeux d’un revenant mon beau bateau qui poursuivait sa route dans la nuit.”
" A la fois cancres et voyous, nous rêvons de mer et de forêt, nous rêvons de liberté, englués, mes frères et moi dans une sorte de torpeur entrecoupée de crises où le désespoir et la révolte se tiennent par la main. Alors le lance pierre sort de la poche et tire sur n’importe quoi pour effacer cette ville que nous refusons de laisser entrer dans nos coeurs.“
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