VI conclusion


Je trouve ce livre admirable car, plus qu’un bel ouvrage de mer qui décrit avec de jolis mots une vie hors du commun, Tamata et l’Alliance soulève les questions que se posent tous les hommes : Quelle est ma raison de vivre, Où vais-je, Que puis-je pour rendre le monde meilleur ?...

Moitessier y décrit de façon admirable l’enlisement de la routine, la peur du nouveau ainsi que l’ennui que procure un travail répétitif. Ce livre est un véritable chant d’espoir ainsi qu’un cri d’avertissement désespéré au monde occidental qui “va dans le trou”. Moitessier est certes un rêveur mais il a quand même les pieds bien sur terre : il rêve de changer la mentalité des hommes mais a conscience de l’ampleur de la tâche et analyse avec lucidité ses échecs dus à la hauteur du mur auquel il se heurte.

Cet ouvrage montre parfaitement l’amour que Moitessier voue à la mer. La façon dont il décrit la longue houle du large, l’étrave fendant les vagues, le plaisir d’être seul avec un bateau, le vent et la mer, prouve à quel point Moitessier aime cet espace illimité et envoûtant qu’est l’océan.

On sent que ce livre est une oeuvre réfléchie, retravaillée. Quand on voit la qualité et la profondeur de ce livre, on comprend pourquoi Moitessier a mis huit ans pour l’achever. Ce livre lui a en outre permis de faire le point sur sa vie, de “rassembler tous les morceaux du puzzle”.

Ayant vu comment il écrit et comment il arriva à se faire reconstruire un bateau après son naufrage aux Antilles, je pense que lorsque cet homme parlait il devait “rayonner” quelque chose qui transcendait son auditoire. “Ecris comme tu nous racontes” lui disait Jean Michel Barreau, cette phrase montre bien que Moitessier devait captiver, envoûter son auditoire lorsqu’il racontait ses aventures.

Je pense que les stagiaires qui ont appris la voile à bord de Josuha ont eu le meilleur maître imaginable, et que son charisme lui a permis de transmettre l’essentiel de sa philosophie, de son amour de la mer et de son respect de la nature.

Je donnerais n’importe quoi pour pouvoir le rencontrer, lui parler, naviguer sur Josuha, “le bateau de tous les miracles”. Mais la bête l’a maintenant terrassé il y a plus de deux ans et je ne peux que l’imaginer assis en tailleur à l’assemblée des dieux d’Asie...


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