La Commune de Cruas est située dans le Canton de Rochemaure et dans l'Arrondissement de Privas. Sa population est de 1001 habitants. Cette Commune possèdait deux écoles communales, celle des filles était dirigée par les Sœurs depuis 1860.

L'école des filles de Cruas était depuis de longues années dirigée par une pieuse institutrice qui avait vieilli et usé ses forces en instruisant les enfants de Cruas. Son âge et sa santé ne lui permettant pas de se livrer plus longtemps aux pénibles fonctions de l'enseignement, elle se retira dans une chambre à Cruas pour y vivre tranquille le reste de ses jours. C'est alors que Monsieur Marquet, curé dans la paroisse songea à exécuter le dessein qu'il avait formé depuis longtemps de la remplacer par des sœurs de la Communauté de St Joseph, il en avait parlé aux sœurs qu'il avait occasion de voir quelquefois. Celles-ci firent part du projet de Monsieur le Curé à la Mère Supérieure, qui voyait avec plaisir la fondation de ce nouveau poste qu'elle désirait elle-même vivement. Monsieur le Curé écrivit à la Mère Supérieure le 20 septembre1860 pour lui faire la demande de deux sœurs, en spécifiant que la sœur qui allait se retirer souhaitait s'occuper des enfants en dessous de 7 ans et être en bons termes avec les deux sœurs qui seraient envoyées.

Sœurs Pothin, née Vincent et Alexandre, Meysonnie furent envoyées comme fondatrices le 1er octobre 1860, sœur Pothin est restée à ce poste 16 ans. En 1875, Sœur du Cœur-de-Marie remplaça Sr Pothin qui reçut une autre destination. Sœur du Cœur-de-Marie fut nommée institutrice communale par un arrêté préfectoral au commencement du mois d'avril 1875. Sœur Ildegarde, née Julien fut nommée institutrice adjointe par un arrêté du 8 avril 1875. Des raisons de santé lui firent quitter le poste le 1er septembre 1875. Elle fut remplacer par Sr Marie-Baptiste. Le 20 septembre 1876, Sr Ildegarde fut envoyée à Cruas et nommée une 2e fois adjointe de l'école. Le 12 novembre 1878, Sr Alexia, née Roudil était nommée adjointe rétribut. En mars 1882 Sr Honorius, née Guigon était proposée comme 2e adjointe.

Laïcisation de l'école

Mars 1883 :

L'école était une des plus fortes du canton de Rochemaure et les inspecteurs n'avaient jamais que des éloges à adresser aux Sœurs de St Joseph. Tous les ans, lors de l'obtention du certificat d'études, l'école des filles primait toutes les autres ; les élèves qu'elles présentaient réussissait ordinairement toutes. Et comme d'ailleurs les filles étaient bien élevées, formées à la piété et aux bonnes manières, les religieuses institutrices étaient très populaires. M. Maignot (maire de Cruas) avait formellement déclaré à M. le Curé que cette école ne serait pas laïcisée ; il avait donné la même assurance aux bonnes sœurs.

Cependant, le vendredi avant Pâques, le conseiller général fait inopinément réunir le conseil municipal et propose aux conseillers municipaux la laïcisation de l'école congréganiste de Cruas. Voyant qu'on hésite, il insiste, il commande et les conseillers n'osant pas résiter signent lâchement un délibération de mandant la laïcisation de l'école pour la fin de l'année scolaire. Fin juillet, on s'empresse d'expédier cette délibération à la préfecture et quatre jours après on donne aux sœurs communication s'un arrêt préfectoral qui laïcise l'école de Cruas pour la fin de l'année scolaire. L'école a été laïcisée au 14 août 1883.

La population témoigne alors hautement son indignation envers l'acte de lâcheté commis par les conseillers. Ceux-ci paraissent honteux d'avoir apposé leur signature au bas de la susdite délibération ; quelques-uns parlent même de donner leur démission. Quelques dames proposent de faire signer par la population une pétition demandant la conservation d'une religieuse comme Directrice de l'école communale. La pétition rédigée est bientôt couverte de signatures. Mais M. Maignot fait savoir aux dames instigatrices de la pétition que si celle-ci est envoyée à la préfecture, le départ des sœurs va être immédiat. Sur ces menaces on s'arrête et surgit alors une nouvelle idée, qui est de fonder à Cruas une école congréganiste libre pour jeunes filles. Déjà, pendant l'hiver, voyant que l'école de garçons laissait beaucoup à désirer, on avait essayé d'appeler à Cruas des frères des écoles chrétiennes pour y tenir une école libre ; on avait renoncé à ce projet devant l'impossibilité où se trouvaient les supérieurs de ces sortes d'établissement de donner des sujets…

Une école libre

Juillet 1883 :

L'école s'occupa aussitôt de la fondation d'une école libre. Les travaux ont commencé pour la construction des salles d'une école libre. Mais comme on craint l'exécution de l'arrêté préfectoral une maison d'école est provisoirement louée et mise à la disposition des Sœurs.

Dès que la maison fut disponible pour y recevoir les enfants, Sr Alexia fit sa déclaration et toutes les formalités ayant été remplies, l'ouverture de l'école libre eut lieu le 4 novembre 1883.

En juin 1884 Sr Alexius, née Villetin fit sa déclaration pour la fondation d'un asile libre. Nos sœurs restèrent en location jusqu'en septembre 1885. Pendant ces deux ans, M. Hugues Valette Viallard, notaire, et M. Emile Clère, chefs de deux respectables familles de Cruas achetèrent un emplacement et firent construire un bâtiment scolaire dans toutes les conditions. Ils le mirent à la disposition des Sœurs à la rentrée des classes de l'année 1885. Sr Marius, née Raoux qui avait succédé à Sr Alexia comme titulaire passa un an dans ce poste. Elle fut remplacée en 1885 par Sr Honorius, née Guigon qui avait déjà passé deux ans dans ce poste comme adjointe communale. En octobre 1888, Sr Basilisse née Gleizal fut appelée à remplacer Sr Honorius qui avait fait dans ce poste un séjour de 3 ans comme titulaire.En 1890, Sr Eusébie née Poudevigne remplaçait Sr Basilisse. En 1892 Sr Amédée née Boyer fut appelée à remplacer Sr Eusébie appelée ailleurs. En 1894 Sr Marie-Espérance née Domergue fut envoyée dans ce poste et y fit un sejour de 5 ans. Elle fut remplacée en 1899 par Sr Marie-Baptiste née Pompidoux qui n'y passe qu'un an. En 1900 Sr Marie Abel née Baume prit la direction de l'établissement.

Après les sécularisations vers 1903 ou 1904, Sr Julia Gaurdon y fut nommée directrice. Sr Louise-Véronique Mathelin lui succéda de 1926 à 1950 (environ), Sr Marguerite de Jésus Théron de 1951 à 1960, Sr Marie-Angélina Manoa de 1960 à 1968.

En 1969, les sœurs de St Etienne de Lugdarès remplacent les sœurs de St Joseph de Viviers, dans le cadre d'une meilleure répartition des forces apostoliques dans le diocèse. Les sœurs de St Joseph de St Etienne de Lugdarès assurent la direction de l'école jusqu'en septembre1990. A partir de cette date, elles furent remplacer par des laïcs à la direction et en adjointes.